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Comme nous, vous avez appris la disparition de Jean Ferrat, auteur-compositeur-interprète à l’âge de 79 ans, des suites d’une longue maladie.
Si les Jeunes Socialistes de l’Allier veulent lui rendre un hommage, ce n’est pas pour rajouter une couche à tout ce qui a été dit, mais parce qu’il a, parmi nous, de véritables fans. Au-delà du chanteur, c’est le personnage entier que nous admirions, pour ces convictions, pour le courage qu’il avait de dénoncer, en chanson, ce qui le révoltait. Bravant fréquemment les censures, il a chanté les déportés (« Nuit et brouillard ») et les mutinés du Potemkine. Bien que toujours proche du PCF, il ne s’est pas gêné pour décrier les mensonges du communisme totalitaire et prendre ses distances, notamment vis à vis de l’aveuglement dont faisait preuve Georges Marchais (« Le Bilan »). Il a chanté contre le colonialisme (« Un air de liberté »), brocardant au passage Jean D’Ormesson faisant l’apologie de l’Indochine française dans le Figaro. Il a critiqué le « PAF obscène » et la parodie de Bicentenaire de la Révolution en 1989. Il a aussi définit le sens du mot « Camarade » qui nous est cher. Combattant l’injustice, prônant très tôt le désarmement nucléaire en pleine guerre froide, il était du côté des brimés, des opprimés. Il était du côté de l’humain.
Homme de tous les combats, nous rendons aussi hommage au poète, magnifiant la femme (« La femme est l’avenir de l’homme » ) et la vie. Travaillant les mots avec un talent rare, il savait rendre vivant ses textes, et nous faire sentir le vent ardéchois, sa région adoptive, ainsi que les « Odeurs de myrtilles ».
Jean Ferrat a porté à la connaissance du plus grand nombre l’œuvre magnifique du poète Louis Aragon et a sut avec talent mettre en musique ses vers. Homme amoureux des artistes, il a écrit sur Brassens, Boris Vian ou Vincent Van Gogh, critiquant les hypocrites qui n’ont su que bien tardivement voir les talents des ces hommes.
Pour une partie d’entre nous, Jean Ferrat est sans doute à la base de notre engagement militant. Nous chantions ses chansons avant même d’en percevoir tout le sens. Nous recopions ses textes pour les faire connaître à nos camarades. Avec lui, nous avons appris une part de l’histoire de France et du monde. Nous avons été bercés par ses valeurs de justice, d’humanisme et d’amour. Ses chansons ont toujours été source de réflexion.
Jean Ferrat, ce n’est pas que « La Montagne » et ce n’est pas que le PCF, un raccourci bien aisé. Jean Ferrat, c’est un cri de révolte contre un monde qui perd le nord et où l’individualisme est roi. Jean Ferrat, c’est la droiture d’un homme accroché à ses principes, libre et exigeant.
Homme discret, ses apparitions étaient rares, protégeant jalousement sa vie privée. Mais à chaque fois, son public était là et sera encore nombreux, cet après-midi pour ses funérailles, à lui rendre un dernier hommage. Très tôt retiré de la vie publique, ses compilations continuent d’être un succès (la dernière sortie est numéro trois des ventes nationales de compilations).
Qui reste à présent pour amener de la poésie dans nos oreilles ? Pour éveiller nos consciences ? Pour révolter nos cœurs et nous faire lever la tête ? Jean Ferrat, vous allez nous manquer…
Là où votre moustache s’agite à présent, nous vous souhaitons de retrouver votre première compagne, Christine Sèvres, chanteuse également, ainsi que les poètes qui vous ont été chers.
Adieu Jean Ferrat. Et merci.
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