Lundi 20 juin 2011 1 20 /06 /Juin /2011 00:51

Article rédigé par Anastasia VECRIN et paru dans l'édition du vendredi 17 juin 2011 du journal Libération.

logo-liberation.jpg Il rit rose 

Qui connaît Jean Mallot ? Petit test sans prétention scientifique aucune auprès des sympathisants socialistes au sortir d’un meeting de François Hollande. Sur vingt-deux personnes interrogées, huit le connaissent, notamment grâce aux vidéos publiées sur son blog, jeanmallot2012. Joli score. Mais, ne nous y trompons pas, nous sommes en terrain conquis. Première remarque, ce n’est pas le premier nom auquel pensent les militants quand on leur demande qui sont les candidats à la primaire. Derrière les «éléphants», Arnaud Montebourg et Manuel Valls sont les plus cités. Deuxième remarque, si lui s’amuse à insister sur le sérieux de sa candidature, l’évocation de son nom fait sourire : «C’est génial ce qu’il fait sur son blog, il y a une prise de distance, il joue avec les codes de la politique spectacle, mais ce n’est pas stratégique de voter pour lui, soyons sérieux, il faut battre la droite», s’amuse Jean-Laurent, adhérent au Parti socialiste.

jmallot.jpg Cet inconnu du grand public décide de se présenter un jour de juin 2009. Alors que les socialistes se remettent à peine de l’échec des élections européennes, Valls choisit d’annoncer sa candidature : «Si on ne me prouve pas qu’un autre socialiste peut mieux que moi porter le renouvellement […], je porterai ces idées moi-même.» Phrase que Mallot tourne en dérision dans son appel du 18 juin 2009 annonçant sa propre candidature. S’il ne cite pas Valls, la critique est sans équivoque : «Après ce résultat difficile, certains n’ont rien trouvé de mieux que d’annoncer leur candidature à la présidentielle.» Dans les méandres de l’Assemblée nationale, en compagnie de Marylise Lebranchu et d’André Vallini, il plaisante : «Pourquoi pas moi ?» Son directeur de communication, Xavier Henri, prend les choses en main et propose de lancer un blog qui ne manque pas d’humour. Le «président Mallot», comme se plaisent à l’appeler ses camarades, y met en scène sa bonhomie. Moustache, lunettes ovales, raie sur le côté, yeux rieurs, Jean Mallot, dans son premier clip de campagne, s’inspire de George Clooney. Une tasse à café et un message : «Qui d’autre ?» Ce député d’une circonscription très rurale de l’Allier détourne les codes de la politique à l’américaine, termine ses clips par «Je suis Jean Mallot et j’approuve ce message !» Sur son blog, il se moque de Nicolas Sarkozy, l’appelle «mon futur prédécesseur», s’oppose à lui par son sérieux, sa grandeur ou plutôt sa taille («plus besoin de talonnettes en 2012»), son écoute et sa capacité à rassembler !

Le candidat joue son rôle à fond.Libération, recensant les différents postulants à la primaire, écrit «Jean Mallot, sur un mode humoristique». Réponse de l’intéressé via son blog : «Jean Mallot n’a aucun humour, et sa candidature non plus.» Il pousse le jeu jusqu’à la paranoïa : «Les médias ont peur de relayer ma candidature car elle dérange au plus haut niveau. Mon site fait tellement peur qu’il a été piraté. Sarkozy est certainement derrière cette opération, je suis un candidat dangereux !» dit-il avec un sourire en coin. Sa fierté ? Un comité de soutien farfelu, dont la liste figure sur son blog : «Je suis le seul qui ait deux porte-parole, un dans les graves, l’autre dans les aigus, ça couvre ! J’ai aussi un "ministre de la Paix des braves", c’est utile dans une démocratie !» Catherine Lemorton, députée de Haute-Garonne, y est pressentie pour le rôle de Carla, avec la mention «apprend à jouer de la guitare».

 

Son humour marketing s’exprime surtout sur son site. Mais Mallot n’a rien d’un rigolo. Il revendique le droit d’«être sérieux sans être triste». A Saint-Pourçain-sur-Sioule, l’enfant du pays a rendez-vous, ce matin, avec les syndicats agricoles. Dans la petite salle de réunion, ils sont une dizaine : éleveurs de bovins, viticulteurs, producteurs de céréales… Leurs inquiétudes s’expriment sans détour : sécheresse, suicides, retraites… Il écoute avec attention, sans misérabilisme. En bon élève, il prend des notes. Les administrés disent apprécier son travail et sa simplicité. Il faut dire que le député Mallot est un bosseur acharné. Son assiduité législative est connue et reconnue. Avec 1 786 interventions, 2 575 amendements signés et 244 présences en commission, il arrive en 8e position du classement des députés les plus actifs établi par l’Expansion.

Ce sérieux, Jean Mallot le cultive depuis l’enfance à travers un parcours scolaire brillant. De son milieu modeste, père ouvrier agricole, il dit avoir tiré sa motivation : «J’avais conscience d’un handicap social et culturel mais je voulais prouver qu’on n’est pas plus con que les autres.» Maths Sup, Ecole des travaux publics de l’Etat, il est fonctionnaire à 20 ans et décide de passer l’ENA en interne. Le bon élève réussit. D’abord contrôleur général au ministère de l’Economie, il accomplit le parcours ordinaire d’un haut fonctionnaire, marié, père de trois enfants.

Début 90, il devient directeur de cabinet de Jean Poperen alors ministre chargé des Relations avec le Parlement. Jean Mallot se retrouve dans les idées de Poperen, à l’aile gauche du Parti socialiste. Dès 1993, il se présente dans l’Allier. Il n’arrivera à ses fins qu’en 2007. Sa circonscription va disparaître avec la réforme des collectivités territoriales, mais il ne doute pas de trouver un moyen de servir l’Etat, en reprenant son job initial, s’il le faut.

L’aventure présidentielle ? Elle s’apparente plutôt à une farce. Même s’il nous assure le contraire, les yeux pleins de malice, aucune chance qu’il aille au bout de la primaire. Alors que cherche-t-il ? A mettre en valeur le travail parlementaire méconnu ? C’est ce qu’il dit : «Mes collègues députés se sont reconnus dans ma démarche. Le côté "ça va, nous aussi on bosse", nous aussi on peut articuler un raisonnement politique.» Même si la lumière n’a pas l’air de lui déplaire, il joue le jeu médiatique avec lucidité : «On m’invite surtout au sujet de ma candidature. Si c’était pour parler des retraites, et je peux en parler, on ne m’inviterait pas.» Des ambitions ministérielles si la gauche passe en 2012 ? Il dit n’y avoir jamais pensé. On lui propose de choisir un ministère pour le plaisir, il hésite : «Premier ministre ! Mais ça n’a aucun sens !» bafouille-t-il en rigolant.

 

Dans la campagne du PS, Jean Mallot est une sorte de garde-champêtre qui rappelle à l’ordre, de façon décalée, les déviants et les médisants. «Quand on me demande quelles sont mes propositions, je réponds : "Je vais vous étonner, je suis de loin le candidat le plus audacieux, mon projet est celui du PS, c’est incroyable !"» Un pied de nez à ceux qui n’hésitent pas à critiquer le projet socialiste pour se faire remarquer. Son message est simple : rassembler derrière Martine Aubry et défendre le projet du parti. Le gentil garçon applique ses règles de bonne conduite, pas un mot sur François Hollande. Et l’affaire DSK ? Son humour a des limites : «J’ai du mal à en rire, c’est plutôt tragique. Quand j’ai appris la nouvelle, je ne l’ai pas cru. Mais c’est une affaire privée. Le PS et le projet sont toujours là.» Dommage, sur le site, pas de spot sur DSK au programme.

En 6 dates JEAN MALLOT

20 août 1952: Naissance à Nizerolles (Allier).

1984: ENA, promotion Louise-Michel.

1993: Prend sa carte au PS.

2007: Député de l’Allier et conseiller régional d’Auvergne.

18 juin 2009: Candidat à la primaire du PS.

28 juin 2011: Ouverture du dépôt des candidatures.

Par Jeunes Socialistes 03 - Publié dans : Politique locale
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