Jeudi 5 janvier 2012
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Dans son édition du 29/12/11, Le Monde a publié un tour d’horizon succinct des politiques culturelles de différents
Etats européens replacées le contexte de crise actuel ("L'Europe de la culture au rabot de la rigueur", Clarisse Fabre). En quelques mots, les pays fortement touchés tels la Grèce, le Portugal ou l’Espagne voient leur politique
culturelle nationale s’affaiblir. De grandes manifestations grecques se lancent sans savoir si elles ont le filet des subventions, le ministère de la Culture portugais a disparu, les communautés
espagnoles ne peuvent suppléer aux nombreuses baisses de l’Etat. Un mouvement mis en parallèle avec la progression de la droite en Europe dont les mesures de rigueur sont peu clémentes avec la
culture, comme elle en fait les frais aux Pays-Bas. Pire encore en Hongrie où le gouvernement conservateur réduit non seulement les financements mais s’engage de plus en plus dans un contrôle de
la culture.
Dans ce tableau un peu apocalyptique, la Suède, l’Allemagne et la France sont mentionnées comme de bons élèves :
elles font partie des rares pays dont l’enveloppe ministérielle pour la culture augmente. Néanmoins, si le correspondant du Monde en Suède a l’honnêteté de préciser dans le petit paragraphe qui
lui est réservé que l’apport de l’Etat ne représente que 25% des financements culturels (contre 35% des régions, 24% des communes, 20% d’autofinancement), ce n’est pas le cas de l’auteure de
l’article principal portant sur la France.
La journaliste reprend les mots de Frédéric Mitterrand mettant en avant « le choix courageux » du
gouvernement français qui augmente son ministère de la Culture et de la Communication mais cet effort est vite relativisé. L’article revient sur une ambition diminuée par des votes au Parlement
et des décisions du ministère du Budget et porte une attention particulière au Centre National de la Cinématographie, qui voit ses apports financiers
s’amoindrir, ou aux effets certainement dévastateurs de la hausse de la TVA . Pourtant, une énorme lacune occupe tout l’article : la culture est ici résumée au seul apport de l’Etat…
autrement dit à l’acteur qui ne finance qu’un tiers de la culture en France.
Effectivement, la situation financière de la culture est décrite sans aucune mention de l’apport des collectivités
territoriales qui, en 2006, finançaient deux fois plus la culture que l’Etat…
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Budgets culturels en 2006 (en millions d'euros)
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Etat
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Collectivités territoriales
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Communes
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EPCI
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Départements
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Régions
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Budget global
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2 900
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4 357
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842
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1 292
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556
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7 047
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%
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29,2%
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43,8%
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8,5%
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13,0%
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5,6%
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70,8%
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Chiffres du DEPS – ministère
de la Culture et de la Communication
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Or, si la culture en France subit la crise, c’est bien au niveau des collectivités territoriales. Les chiffres présentés
dans ce tableau sont les derniers disponibles, mais en 2006 la crise n’avait pas encore frappé. Il sera intéressant de pouvoir réaliser la même comparaison avec les budgets suivants… Outre la
situation économique, les collectivités subissent une réforme fiscale et une réforme territoriale qui laissent l’avenir de la culture incertain. La suppression de la taxe professionnelle et le
gel des dotations censées les compenser représentent une vraie perte de moyens. Les collectivités territoriales réclament inlassablement les moyens adéquats pour remplir leurs missions… Obligés
de faire face à des dépenses sociales croissantes, plusieurs Départements ont ainsi tendance à réduire leur budget culturel. Dans le même temps, le renforcement des structures intercommunales
laisse la porte ouverte à une politique culturelle réinventée dans les territoires. Certains chercheurs en politiques culturelles espèrent beaucoup de ce changement qui pourrait voir les
collectivités territoriales s’autonomiser de modèles de politiques culturelles « classiques », initiées au niveau national mais fortement critiquée aujourd’hui.
Mais après tout, pourquoi vouloir financer la culture ? Posons la question ! Ne vaut-il pas mieux se consacrer
à l’emploi par exemple ? La culture c’est la découverte, l’ouverture, l’échange. C’est se changer les idées mais aussi voyager assis, se mettre en question et avoir matière à réflexion,
avoir une autre perception de la société, une critique, ou juste sauter dans tous les sens au son d’un groove bien pensé. Alors oui, quand on n’a qu’un euro, utilisons le pour manger. En
revanche, n’est-ce pas le rôle des pouvoirs publics que d’assurer une bonne éducation et l’accès à la culture ? La liberté d’expression ? Sans oublier que la culture est un secteur
transversal et que ce sont aussi des emplois (plus 2% de la population active en 2005 – rappel : 3% pour l’agriculture). Alors, allons vers la culture pour tous ! Et on se dirige alors
vers les vastes débats qui occupent les esprits de la plupart des acteurs culturels, entre la démocratisation culturelle (« faire partager au plus grand nombre ce que l’on a cru devoir
réserver jusqu’ici à une élite », Vilar) , la démocratie culturelle (toute personne est porteuse de culture, toutes les cultures se valent), la diversité culturelle (la
valorisation de la richesse des différences culturelles), l’agenda 21 de la culture (la culture quatrième pilier du développement durable), etc. Et comme le soulignent désormais certains, il y a
un petit problème aussi du côté des « cultureux », de grandes scènes nationales, de certains artistes, qui pourraient avoir tendance à oublier d’élargir leur public pour ne s’adresser
qu’à leur sérail de fidèles sympathisants...
Pour terminer, en ces temps de crise et de rigueur, posons simplement la question : si le « consommer »
reste bien sûr international, pourquoi le « produire français » ambiant ne s’appliquerait-il pas aussi à la culture ?
politiques culturelles - le Monde - subventions - départements - europe
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